• Réduire le texte

    Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte

    Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte

    Augmenter le texte
  • Imprimer

    Imprimer

Projet ChlEauTerre : contamination des bassins versants de la Guadeloupe par la chlordécone

Les chercheurs de l’Inra, en collaboration avec le Cirad, ont actualisé les connaissances et cartographié les zones à risque de contamination grâce au projet ChlEauTerre qui a duré deux ans et demi.

Vue aérienne d'une bananeraie (Basse-Terre de la Guadeloupe).. © Inra, JULLIEN Alexandra
Mis à jour le 13/04/2018
Publié le 10/04/2018

Le projet ChlEauTerre a eu pour objectifs de caractériser la contamination de la Guadeloupe continentale par les pesticides, et de mieux cerner les zones terrestres contaminées par la chlordécone. D'une durée de 2 ans et demi, l'étude a été financée par l'État, l'Office de l'Eau de Guadeloupe, le Cirad et l’Inra, et a été menée dans le cadre du Plan National d’Action contre la pollution par la Chlordécone III (2014-2020).

Un état des lieux de la contamination par les pesticides

Un état des lieux général de la contamination des eaux de surface par les pesticides a été dressé. Il s'est appuyé sur la réalisation de 153 analyses multirésidus (466 molécules recherchées) à l'exutoire de 198 bassins identifiés comme étant d'intérêt agricole. Des résidus de pesticides ont été mis en évidence pour 84 % des bassins versants analysés en Basse-Terre et pour 79 % de ceux analysés en Grande-Terre. Au total, 37 molécules différentes ont été détectées, dont notamment des herbicides (glyphosate, AMPA, 2,4-D…) et des insecticides (chlordécone, chlordécol, HCH Beta…). Plus de la moitié des molécules détectées correspondent à des pesticides aujourd’hui interdits et non utilisés, mais qui persistent dans l’environnement.

Cartographie de la contamination des bassins versants par la chlordécone

Il existe aujourd'hui un fort enjeu sociétal à mieux préciser les zones concernées par la pollution par la chlordécone, mais également d'identifier celles qui ne le sont pas et sur lesquelles tous les usages agricoles sont possibles. Compte tenu des surfaces à couvrir, la réalisation d'analyses de sol sur chaque parcelle du territoire aurait été un processus long et coûteux. Des travaux précédents ayant montré que la molécule est fortement adsorbée sur les sols, une approche méthodologique a été développée et s’est appuyée majoritairement sur des analyses d’eau de surface, en partant du principe que si une contamination est détectée dans l’eau d’une rivière, c’est qu’il existe sur son bassin versant une zone terrestre qui la contamine en amont. Des points de prélèvement ont été sélectionnés en prenant en compte l'ensemble des données spatialisées de contamination des eaux et des sols par la chlordécone qui existait au début de l'étude. Au total, ce sont 495 analyses de chlordécone et de ses métabolites (chlordécol et chlordécone‐5b‐Hydro), qui ont été réalisées sur des bassins et sous-bassins, notamment dans des zones qui avaient jusqu'à présent été moins étudiées. Des secteurs géographiques contaminés par la chlordécone ont ainsi pu être discernés d'autres qui ne l'étaient pas et une cartographie de la contamination des bassins versants par la chlordécone a été réalisée.

. © Inra, Patrick Andrieux
© Inra, Patrick Andrieux

En Basse Terre, la chlordécone a été retrouvée dans 36 % des analyses effectuées, avec des concentrations variables (0,01 à 42,9 µg/L). De plus, sur l'ensemble des 110 bassins versants analysés à leur exutoire, 39 % ont été identifiés comme rejetant en mer des eaux contaminées. En Grande Terre, quelques points de contamination ont été détectés (5 sur 198 prélèvements), avec à chaque fois des taux relativement faibles (proches de la limite de quantification).

La démarche utilisée a ensuite été évaluée. En Basse-Terre, un bassin identifié comme non contaminé par les analyses d'eau ne présentait pas de contamination des sols ou de risque de contamination connu dans 75 % des cas. Sur les 25 % restant, près de 80 % des parcelles qui ont été vérifiées par des analyses de sol n’étaient en réalité pas contaminées. En Grande-Terre, la méthode a montré des limites devant la présence limitée dans le temps d'eau en surface et la faible connectivité hydrologique entre les différents points d'un bassin, mais des contaminations ont tout de même pu être détectées.

Une nouvelle cartographie des risques de contamination des sols par la chlordécone

L'étude a également permis de mettre en lumière la nécessité d'améliorer la cartographie des risques de contamination des sols par la chlordécone établie en 2006. Une nouvelle carte a été réalisée en recompilant plus largement l'ensemble des informations spatiales disponibles sur la sole bananière (usage principal du pesticide) durant les années d'utilisation de la chlordécone. Pour cela, les documents qui avaient été utilisés pour la première carte des risques ont été ré-analysés, et ils ont été complétés par des cartes d'occupation du sol historique non prises en compte précédemment.

. © Inra, Patrick Andrieux
© Inra, Patrick Andrieux

Identification de secteurs géographiques contaminés ou à risque de contamination inédits

Au final, l’étude a permis d’identifier de nouveaux secteurs géographiques contaminés ou à risque de contamination par la chlordécone. La base de données spatialisées existante sur la contamination des sols a également été remaniée et mise à jour. Toutes les informations produites vont pouvoir être mobilisées par les services de l’État pour entrer dans une démarche de gestion des risques sur le long terme, avec notamment l'identification des parcelles agricoles à cibler prioritairement lors des futures campagnes d’analyses.

En savoir plus