Le projet AGRO-ECO SOL

Développement d’une filière technique et économique sur le diagnostic et le conseil pour une gestion agroécologique des sols cultivés

Mesure de la profonduer de travail du sol en surface après le passage d'un semoir.. © Inra, MAITRE Christophe
Par Matthieu VALE, Auréa Agrosciences
Mis à jour le 07/07/2017
Publié le 07/07/2017
Mots-clés : SOL - Agroécolologie

Vers une agriculture plus éco-efficiente

Le projet AGRO-ECO SOL a pour ambition de permettre une agriculture éco-efficiente, c’est-à-dire une agriculture qui est soutenue par des solutions et des offres technologiques qui permettront de réduire l’utilisation d’intrants chimiques (ainsi que de leurs impacts) et d’eau, de mieux protéger le milieu en limitant les émissions de GES voire à augmenter le stockage de carbone dans les sols et en protégeant la qualité des sols dans la durée, support d’une agriculture durable.

L’évolution vers une agriculture plus éco-efficiente ne sera possible que si les acteurs qui la mettront en œuvre (agriculteurs, conseillers techniques, chercheurs) disposent d’outils qui leur permettent d’apprécier l’état biologique des sols, d’appréhender l’impact de leurs pratiques sur cet état et sur le fonctionnement de la faune et de la flore du sol, d’orienter les modes de gestion agricole, et cela « en routine », c’est à dire rapidement et pour un coût raisonnable.

Aujourd’hui nous disposons d’outils pour évaluer les états physiques et chimiques et pour prévoir leur évolution sous l’effet des pratiques culturales, à travers diverses méthodes (analyse de terre, diagnostic de l’état structural du profil cultural,…). En revanche, nous sommes très loin de disposer d’un tel arsenal pour apprécier l’état et le fonctionnement biologique des sols cultivés (abondance, activité et diversité des organismes du sol). Les quelques méthodes qui sont actuellement maîtrisées sont à un niveau de productivité qui ne permet pas leur utilisation à très large échelle. Or, les récents progrès de la recherche (extraction d’ADN à grande échelle, méthodes moléculaires de caractérisation de la macrofaune du sol) offrent de nouvelles perspectives pour développer, à large échelle, des outils de diagnostic, fiables et surtout plus précis pour évaluer et piloter l’état biologique des sols, en prenant en compte la diversité des services que l’on attend du sol (support de la production, régulation des bioagresseurs telluriques, stockage du carbone, limitation des émissions de GES…).

Un réseau de partenaires de la recherche à la distribution agricole

C’est dans ce contexte scientifique, technique et économique que s’inscrit le projet AGRO-ECO SOL, porté par Auréa AgroSciences, l’INRA (UMR Agroécologie, UMR ECOSYS, US Infosol) et Arvalis Institut du végétal, en collaboration avec les coopératives (Terrena, Dijon Céréales, MaïsAdour), Agrosolutions, des laboratoires spécialistes de la biologie des sols (Elisol environnement, Celesta-Lab, Genoscreen, SEMSE) et des organismes de recherche publique (Université de Montpellier, CNRS) et d’enseignement supérieur (AgroParisTech). L’implication de ces structures représentant l’ensemble de la filière grandes cultures / polyculture élevage (de la recherche à la distribution agricole) légitime l’ambition de mise en place d’une véritable filière technique et économique qui portera le déploiement à large échelle du conseil agroécologique.

Les travaux menés pendant les 48 mois du projet s’articulent autour de 3 axes :
• industrialisation des méthodes d’analyse aboutissant à la production des bioindicateurs fiables, précis, interprétables ;
• gestion des données récoltées et constitution de la base de données qui servira à affiner progressivement les diagnostics (boucle de progrès) ;
• formulation du conseil à partir des bioindicateurs et du référentiel ; formation des utilisateurs.

Dans le cadre de ce projet, le terme industrialisation renvoie à l’optimisation de l’ensemble du processus analytique afin d’augmenter la capacité de traitement, d’abaisser le prix de revient et de réduire les délais d’analyse, de façon à améliorer l’accessibilité de l’offre en routine. La nature des recherches et des développements sera différente en fonction des indicateurs concernés. L’augmentation de productivité pourra nécessiter la mise au point d’automates (préparation des échantillons bruts, fractionnement de la matière organique, enzymologie), l’optimisation des protocoles analytiques (biomasse microbienne par fumigation, potentiels de minéralisation carbone et azote) ou la mise en œuvre de ruptures technologiques (méthodes moléculaires pour la faune du sol). Des transferts de technologie permettront de proposer en routine des indicateurs jusque-là réservés à la recherche (microbiologie moléculaire). . Une harmonisation de l’échantillonnage et de la préparation des échantillons vers une procédure unique pour les différents indicateurs sera une des clés du succès du projet (travail sur échantillons séchés et tamisés à 2 mm, extraction d’ADN unique pour tous les organismes du sol).

Du diagnostic au conseil de gestion agroécologique globale des sols

L’interprétation du diagnostic et la construction du conseil opérationnel nécessiteront des référentiels d’interprétation (afin par exemple de découpler l’effet du pédoclimat et celui des pratiques culturales). Or les référentiels les plus avancés aujourd’hui ne s’étendent pas au-delà de l’étape de diagnostic des aptitudes culturales des sols. Les bioindicateurs retenus ne disposant pas du même niveau de référencement, l’acquisition de données sur l’effet du pédoclimat et des systèmes de culture sera de fait nécessaire (diversité des champignons, activités enzymatiques, méthodes moléculaires pour la faune du sol). Le passage du diagnostic au conseil de gestion agroécologique globale des sols nécessitera la définition de niveaux souhaitables des fonctions / services renseignés par les bioindicateurs, ainsi que des leviers d’action possibles pour atteindre ces niveaux.  
L’offre de service sera source de valeur pour l’ensemble de la chaine des acteurs :

  • les agriculteurs : il s’agit bien ici de contribuer à la pérennisation des systèmes d’exploitation, en optimisant la gestion des sols (en particulier de leur composante biologique) source d’accroissement de leur productivité et de résilience de leurs systèmes, mais également de meilleure efficience d’utilisation des intrants organiques et de synthèse
  • la distribution agricole et les structures de conseil : le projet a pour ambition de leur proposer les outils pour un conseil innovant et différenciant, source de valeur
  • les laboratoires : ce projet doit leur permettre de proposer des analyses innovantes et rentables, nouveaux relais de croissance pour de nouvelles parts de marché
  • les instituts techniques et les organismes de recherche, qui bénéficieront des avancées du projet pour intégrer ces nouveaux outils dans leurs travaux de recherche-développement pour et sur l’Agroécologie ; le projet assurera également un transfert opérationnel des outils et démarches développés au sein des organismes fournissant les bases scientifiques des méthodes analytiques
  • la société qui pourra tirer parti du projet à travers sa contribution à la transition agroécologique.
Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Autre(s) contact(s) :
Matthieu Valé, d’Auréa Agrosciences, laboratoire d’analyse et de conseil agro-environnemental (https://www.aurea.eu/)

A propos de

Le projet AGRO-ECO SOL est lauréat de l’appel à projet 2017 Industrie et agriculture éco-efficientes de l’Ademe. Le coût total du projet est  de 5 436 670 € sur 4 ans. Il est subventionné à 47% sous forme de subventions et d’avances remboursables.